COUTAN Arch. de Nantes

« L’aménagement résultant du détournement de l’Erdre et des comblements de la Loire est le résultat des travaux effectués par l’état et qui ont été imposés à la ville pour lesquels j’ai toujours protesté! Nous avons perdu, en effet, sans cause absolument motivée, le caractère primitif de la ville « 

« Au lieu d’une activité maritime, au centre même de notre ville, nous risquons d’avoir un centre mort; il était beau et digne, nous craignons qu’il soit mort… ».

Avec une farouche énergie Etienne Coutan s’épuise en contre-proposition pour tenter de sauver le plus vite possible l’esprit portuaire de la ville.

Dans ce sens, il propose la création de bassins, plans d’eau, espaces verts en contre-bas.

Fortement opposé aux ingénieurs imprégnés de « l’idée grandiloquente du progrès » COUTAN veut limiter le plus possible le développement intempestif de la voirie:

« Nous cherchons à réduire le nombre des circulations. Nous proposons une nappe d’eau que nous voulons la plus vaste possible pour l’associer aux douves du château ».

Dans le même esprit, il tente de sauver l’emplacement qu’il avait choisi en 1905 pour son très beau « Palais municipal pour un grand port fluvial.

« Dès 1905, j’avais lors de mes études de jeunesse, prévu cet emplacement magnifique pour un « Palais Municipal ». Je souhaite que la ville ait à cœur de conserver cet emplacement et que les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont voulu accaparer pour leur bureaux afin d’y construire soit un monument commémoratif, soit un musée du port, ce qui semblerait la meilleure solution ».

Comme on le voit, le pouvoir municipal a bien du mal à faire entendre sa voix face à la puissante administration centrale des Ponts et Chaussées. Le combat inégal n’entame en rien la volonté de COUTAN.

Pourtant, une nouvelle donnée rentre à nouveau en jeu. En effet, les chemins de fer et les Ponts et Chaussées proposent une solution simple au problème de la voie ferrée. Une nouvelle fois, la logique fonctionnelle s’oppose à l’art urbain: COUTAN, lui, propose de repousser la ligne de chemin de fer sur les quais de l’ile Beaulieu, afin de dégager le centre historique. Cette solution lui permet, en outre, de recréer sur les bras comblés du fleuve, devant le château, de vastes surfaces d’eau réservées au loisir.

Le Plan d’extension

« Le comblement des bras Nord de la Loire qui n’aurait pas dû être commencé et qui – à fortiori-n’aurait pas dû être continué, une fois assurée la sécurité des quais avant que soit définitivement arrêté, au moins dans ses grandes lignes, le plan d’aménagement du centre-ville doit réserver, nous l’avons dit et nous ne cesserons de le répéter, le maximum de surface d’eau compatible avec les nécessités techniques et les besoins… rien n’empêche le maintien d’un grand bassin dans la longueur du quai Baco, du quai de la Maison Rouge, jusqu’au pont Belle-Croix. Ce bassin ou l’eau pourrait être facilement renouvelée, servirait à la natation, au canotage. L’emplacement de la poissonnerie paraissant très approprié pour la construction d’une piscine, cet établissement serait ainsi accompagné et complété par le bassin que nous préconisons, lequel, d’autres part ferait un ensemble harmonieux, en communication directe avec les « douves du château » remises en eau suivant le vœu unanime ».

Le combat inégal aura son épilogue logique: le fonctionnalisme immédiat appuyé par l’industrie nantaise aura gain de cause.

« Les propositions pour le déplacement de la voie ferrée, et pour l’aménagement des bras comblés de la Loire pour lesquels j’ai été appelé à donner on avis pendant ma carrière municipale, ont absorbé mes plus gros efforts et m’ont apporté les plus gros désappointements »

Les travaux d’aménagement ont lieu suivant le souhait des administrations; les propositions de COUTAN, vidées de leur contenu, sont réduites au strict minimum.

A propos du vaste miroir d’eau, que COUTAN souhaitait devant le Château des Ducs de Bretagne, il déclare après les travaux:

« J’avais demandé un miroir d’eau pas une glace de poche ».

Certains ont reproché injustement à COUTAN un projet d’urbanisme ou il supprimait les immeubles construits au 18ème siècle par les armateurs nantais sur l’Ile Feydeau.

COUTAN s’en est exprimé clairement: « les hôtels particuliers sur l’Ile Feydeau sont fondés sur des pieux d’acajou conservés par la présence de l’eau, lorsque les comblements auront fait disparaître la Loire les immeubles, sapés par la base, s’effondreront ».

C’était en parti vrai, puisque la plupart des immeubles se sont affaissés; toutefois, l’ensemble a résisté, les immeubles s’appuyant les uns sur les autres.

Quoiqu’il en soit COUTAN n’a jamais voulu délibérément supprimer les immeubles en question, il lui semblait évident qu’ils s’écrouleraient.

Coutan, d’ailleurs, souffrait de la vue de ces immeubles mutilés, c’est pourquoi, lors de la conception de son square en bout d’ile, il avait prévu de grands arbres pour en masquer la vue.

Après la guerre de 1939 et pendant l’occupation un certain nombre d’urbanisme parisiens furent envoyés à Nantes pour coordonner le plan d’extension de la ville en préparation à la mairie.

COUTAN, alors en retraite, a toutefois joué auprès d’eux un rôle actif de conseiller.

Georges SEBILLE, urbaniste-conseil de la ville, échange avec lui une volumineuse correspondance.

COUTAN épuisera les longues années qui lui restent à vivre en combats répétés pour défendre les projets qu’il a soutenus pendant toue sa carrière et dont il est, désormais, écarté.

Son obstination est rare: il n’hésite pas à forcer les portes des ingénieurs concernés, du maire de Nantes ou, s’il le faut, du ministre en personne.


%d blogueurs aiment cette page :