Le crébillonneur indiscret

Histoires Municipales Nantaise (signé par un énigmatique Crébillonneur indiscret)

ou les révélations des secrets politiques et municipaux

Sur les comblements l’auteur reproche à la municipalité Bellamy de ne pas avoir posé comme condition de son concours financier une décision ferme en ce qui concerne la voie ferrée; de n’avoir pas exiger une solution satisfaisante et rapide sur cette question primordiale.

Des affaissements étaient constatés dans la maçonnerie de ces quais, et il importait de remédier à cet état de choses que le passage fréquent des trains rendait particulièrement dangereux. C’est à ce moment que les ponts et chaussées commencèrent à parler de comblement.

La municipalité résista tout d’abord aux suggestions des ponts et chaussées. Quelques travaux furent exécutés. Puis un beau jour, on reparla de comblement. Les travaux n’avaient pas été réalisé pour consolidé définitivement les quais. Aussi les ponts&chaussées revint-elle à la charge.

Les fleuves et rivières sont la propriété de l’état; l’ingénieur des ponts&chaussées pouvait donc se passer de l’approbation de la municipalité. Mais, outre qu’en ces sortes de choses, on recherche toujours l’entente entre les diverses administrations intéressées, l’état espérait bien avoir le concours financier de la ville de nantes pour ces travaux.

Naturellement, ce projet de comblement du bras de la Bourse souleva les protestations des nantais ayant l’amour de Nantes.

Ce quartier nous rappelle l’une des plus prospères et les plus brillantes de l’armement nantais. L’intérêt artistique que constitue l’architecture de ses immeubles se trouve diminué par la disparition des deux bras de Loire qui en formait le cadre naturel.

Nous voulons faire ressortir la mauvaise méthode suivie. Il résultat de ces discutions que la ville accepta de participer financièrement aux travaux de comblement.

La grande faute de la municipalité fut de ne pas avoir poser comme condition de son concours financier une décision ferme en ce qui concerne la voie ferrée; de ne pas exiger une solution satisfaisante et rapide sur cette question primordiale. Ce fut la faute initiale, la cause de toutes les difficultés qui surgirent ensuite.

Nous pourrions être actuellement débarrassés des passages à niveau à travers la ville. Comment l’administration municipale n’a-t-elle pas compris à cette époque que ces travaux projetés de comblement, ainsi que le détournement de l’Erdre qui devaient en être la conséquence, formaient un ensemble, un tout, dont la solution de la voie ferrée devait être le point de départ ?

C’est cette solution et ce plan d’ensemble qu’il fallait exiger des Ponts&chaussées et de la Cie d’Orléans, dès le début.

Malheureusement, il n’en fut pas ainsi, et les différentes parties de ce programme de travaux furent traités indépendamment les unes des autres pour le plus grand préjudice des contribuables.

Cette condition préalable qui, seule pouvait sauvegarder les intérêts, la liberté d’action et l’autorité de la ville de Nantes dans les négociations qui auraient lieu, n’ayant pas été posée, la ville de Nantes allait se trouver à la merci des ponts et chaussées et de la Cie d’Orléans. On ne devait pas tarder s’en apercevoir.

Le bras de la Bourse comblé, la municipalité fut invité, sans plus de façon, par M l’ingénieur en chef des ponts&chaussées, à participer, financièrement toujours, aux travaux de comblement du bras de l’hôpital; toujours dans les mêmes conditions. Ici, nous attirons l’attention de nos lecteurs sur le fait suivant: la question de la solidité des quais ne pouvait être invoquée à cette occasion. En réponse à la question: le comblement du bras de l’hôpital est il nécessaire par le manque de solidité des quais riverains, comme c’était le cas pour le bras de la bourse?

Mr Marcheix répondit très nettement : non, la solidité des quais n’est pas en question, le comblement n’est nullement nécessaire à ce point de vue, mais il se fera néanmoins, nous en avons décider ainsi. M marcheix n’a jamais dit pour quelles raisons son administration avait décidé ce comblement.

Ce que nous savons, c’est que la Cie d’Orléans envisageais l’installation de ses voies à niveau sur des terrains remblayés. Tout cela, on le voit, concordait admirablement contre les intérêts nantais.

Les millions succédèrent aux millions dans ces comblements qui sont les conséquences de travaux antérieurs effectués par les Ponts et Chaussées.

Le silence le plus complet a toujours été fait sue la cause véritable de l’affaissement des quais, qui est la baisse constante du niveau d’eau dans la traver­sée de la ville. Baisse du niveau d’eau occasionnée par l’approfondissement de la Loire maritime.

Cet approfondissement fut nécessaire pour permettre l’accès du port de Nantes aux navires de fort tonnage. Il semble bien que les Ponts et Chaussées aient négligé les conséquences de cet approfondissement. Nous disons négligé car il semble diffi­cile d’admettre que cette administration ne les ail pas prévues. En tout cas, rien ne fut réalisé pour parer à une des conséquences Inévitables , la bais­se du niveau d’eau en amont des travaux d’approfondissement. c’est-à-dire dans la traversée de la ville. Baisse de niveau qui devait fatalement occa­sionner des affaissements aux quais riverains, d’autant plus sûrement que ces quais et Immeubles sont,en grande partie,construis sur pilotis, telle l’ile Feydeau

Les appréhensions à ce sujet ne datent pas d’hier; depuis longtemps les méthodes suivies par les Ponts et Chaussées ont inquiété ceux de nos nos concitoyens qui, par leurs connaissances de ces choses, pouvaient prévoir l’inévitable résultat. Des avertissement furent donnés par eux à maintes reprises

Nous nous souvenons particulièrement du fait que Charles Brunelière avait prédit exactement ce qui s’est réalisé.

Le moyen de parer à ce danger, sans en arriver au comblement, existait cependant, nous le répétons, d’après les techniciens éprouvés dont la compéten­ce ne fait aucun doute.

Il suffisait d’établir un barrage ou une écluse en amont du port, à la hauteur de l’ile Gloriette ou de la Petite-Hollande, ce qui permettait de conserver constamment dans les bras de la bourse et de l’hôpital le niveau d’eau nécessaire.

Cela eût épargné aux contribuables nantais une quantité appréciable de millions (une cinquantaine environ) et conservé à notre ville son caractère historique

Le détournement de l’Erdre

Le bras de l’hôpital étant comblé à la suite de celui de la Bourse, on se rendit compte:

1-de la difficulté que cet état de choses présentait pour la navigation s’effectuant de Loire en Erdre, ou vice-versa, obligée à un détour assez considérable sur un parcours difficile, notamment à l’embouchure de l’Erdre;

2- que l’écoulement et le renouvellement des eaux étant insuffisants, le canal Saint-Félix formait une mare stagnante préjudiciable à la santé publique

L’administration des Ponts et Chaussées, qui avait certainement prévu cette conséquence des comble­ments, exhuma de ses cartons un ancien projet de détournement de l’Erdre; c’est ce projet abandonné depuis plus de cinquante ans qui est réalisé actuel­lement.

L’administration des Ponts et Chaussées ne pouvait cette fois se borner à imposer à la Ville de Nantes. Il fallait pour cela l’approbation du projet par un vote du conseil municipal.

M. Notté, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, vint donc devant l’assemblée commu­nale exposer le projet comportant le passage de l’Erdre sous les cours.

A certaines objections qui lui furent faites par plu­sieurs conseillers municipaux sur certaines défec­tuosités du projet pouvant constituer des entraves à la navigation, M. Notté répondit qu’en fait de navi­gation en Erdre, il y voyait surtout des bateaux­ lavoirs.

M. Notté a sans doute changé d’avis à ce sujet, car le projet primitif a été sensiblement amélioré. Pour effectuer ces travaux, l’Etat réclamait encore, naturellement, le concours financier de la ville de Nantes.

L’approbation du projet, ainsi que la participation financière, furent votées par le Conseil municipal. Une participation forfaitaire de 10 millions à la char­ge des contribuables nantais.

La municipalité avait encore une fois l’occasion, à propos du sacrifice qu’on lui demandait, d’exiger en retour le plan d’ensemble avec solution pour la voie ferré! L’administration municipale ne voulut mal­heureusement pas en profiter.

Elle y fut cependant invitée de manière pressante par l’intervention faite par nous à la séance durant laquelle fut voté le principe du projet, ainsi qu’à celle où furent votés les crédits.

A ces deux séances, nous faisions ressortir l’intérêt qu’il y aurait pour la ville à profiter de cette circons­tance pour réaliser toutes ces transformations d’après un plan d’ensemble précis et définitif com­portant la solution de la voie ferrée avec suppres­sion des passages à niveau.

Nous expliquions qu’il y avait ainsi des économies possibles à réaliser.

Enfin, nous montrions le danger qu’il y avait à ne pas suivre cette méthode commandée par la logique. Vous allez laisser à la Compagnie d’Orléans, disions-nous, toute latitude pour ne pas opérer le déplacement de ses voies dans le sens désiré; bien plus, par le comblement d’une partie du canal Saint-Félix, qui résultera du détournement de l’Erdre, vous lui fournissez le moyen de placer ses voies sur les terrains remblayés, en conservant les passages à niveau.

Les sacrifices consentis devaient avoir au moins comme contrepartie, la certitude d’être débarrassés à bref délai de l’obsession des passages à niveau. Dans ces conditions, la ville étant laissée sans garanties, et désarmée devant l’omniprésence des Ponts et Chaussées et de la Compagnie d’Orléans, nous nous sommes refusés, ainsi que tous les élus socialistes et MM. Pouty et Duigou, à voter ces cré­dits demandés.

Les événements ne nous ont, hélas! que trop donné de raison.

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