TRAVAUX DE COMBLEMENTS

ERDRE ET LOIRE: LES TRAVAUX DE COMBLEMENT (D.Bloyet)

L’idée de modifier le cours des eaux n’était pas nouvelle. En 1925, les Ponts et Chaussée, pressées par les risques d’accidents découlant de l’usure des quais, échafaudent un avant-projet d’ensemble de travaux à effectuer dans le port de Nantes, dans lequel apparait en filigrane la volonté de combler certains bras de la Loire, en l’occurrence celui de l’hôpital. Mais l’ardoise prévisionnelle, 51 millions de francs, freine l’ardeur des Ponts et Chaussée.

Le bras de la Bourse, une urgence

Finalement, il est choisi d’aller au plus urgent, c’est à dire au projet retenu qui s’arrête au seul comblement du bras de la Bourse, pour mettre un terme à la lente dégradation des ponts et des quais aux fondations ébranlées par les dragages, à l’instar des maisons des iles et du palais de la Bourse. Il prévoit également la réalisation d’un bassin à flot entre l’écluse amont du canal saint Félix et la zone de confluence de la Loire et de l’Erdre.

En 1924, une série d’incidents donne raison à l’état.

En mai, le quai Magellan s’effondre; puis c’est au tour de deux arches du pont de Pirmil de tomber. Suivent en septembre la cale située à l’extrémité de l’ile Feydeau. Sans oublier la fragilité des murs du quai de la Bourse et d’importante fissures apparues sur le quai Hoche.

La ville mise devant le fait accompli

Mais le traitement du bras de la Bourse ne suffisant pas à mettre un terme aux dangers naissants, la ville se voit dans l’obligation de prendre à son compte le reste du projet, et notamment le détournement de l’Erdre. L’arrêté est signé le 29 mars 1926.

le 16 juin, le maire Paul Bellamy proteste auprès des Ponts et Chaussées, et l’informe des risques de remise en cause de l’équilibre architecturale et esthétique de la ville.

Nouvelle lettre, le 21 juin: Ce contre quoi la municipalité s’élève avec force, c’est d’être en face de cette alternative: ou s’opposer à des travaux que les techniciens considèrent comme indispensables et urgents, ou de souscrire un adhésion qui peut engager gravement la responsabilité de la ville, alors que la situation, qui oblige à agir ainsi précipitamment, est le fait de l’état et non le sien.

Consciente des risques d’effondrements, Nantes se sent piégée. Elle est mise devant le fait accompli et tempête alors le maire, elle n’a pas été en mesure de se prononcer.

L’argument sécurité

Si le dossier s’appuie initialement sur le danger d’effondrement des quais et des ponts, mis à mal par les inondations à répétitions, les comblements sont présentés comme l’occasion de régler de graves problèmes d’hygiène (les eaux usées sont très souvent rejetées directement dans l’Erdre et la Loire), et de réguler le flux de circulation automobile croissant entre les quartiers sud et le centre-ville.

Des inondations fréquentes

Une fois l’Erdre et les bras de la Loire gommée du paysage urbain, la ville n’aura plus à craindre les inondations comme celle de 1904, 1907, 1910, 1913 et 1919.

Le grand bénéficiaire de ces comblements est de fait le chemin de fer. Les comblements sont l’occasion de dégager les quais nord de l’emprise ferroviaire, en enfouissant la ligne dans un long tunnel.

L’ingénieur Marcheix la voix des Ponts et Chaussées

C’est lui qui fut chargé de convaincre la municipalité de l’intérêt et de l’urgence des travaux. Extrait du 23 juin 1924: les murs de la voie de chemin de fer et des quais bougent, s’avançant vers le fleuve. Les palplanches en bois qui soutiennent le tout sont pourries. Aux marées, l’eau pénètre sous les murs et affouille. Le sable s’en va avec l’eau. Cette situation est dangereuse. Dans quelques jours, elle peut se terminer en catastrophe.

1926-27 le bras de la Bourse disparaît

Les travaux commencent fin 1926. il faut établir un barrage de palplanches métalliques entre la cale de la Bourse et la pointe de la petite Hollande, ainsi qu’un épais mur de pierres, en aval du pont d’Erdre. Le travail est systématiquement effectué en période de basses eaux, soit entre les mois de mai et d’octobre. La zone asséchée est livrée aux refouleuses. Ces drôles d’engins vont prendre le remblai dans le fleuve ou il convient de le creuser pour les besoins de la navigation. Le chantier est terminé le 5 mai 1928. l’état remet à la ville les 2 hectares et 50 ares.

1929-1931 – le bras de l’hôpital rangé au rayon des souvenirs

1930-38 – la nouvelle esplanade de la Petite Hollande

1930-40 – le pont de la Belle-Croix comblé avec les déblais du souterrain de l’Erdre

1936-40 – le bras nord comblé jusqu’au château

Le projet initial prévoyait la réalisation d’un bassin à flot au niveau du débouché de l’Erdre dans la Loire, avec une écluse sur le canal Saint Félix, mais le détournement de l’Erdre rend ce projet caduc. En revanche, l’état réalise le bassin du canal Saint Félix ou une écluse est construite entre 1931 et 1932.

Le quai Baco est à son tour remblayé à grand renfort de sable, ce qui incite un journaliste du phare, dans l’édition du 12 aout 1937 à parler de Baco-plage.

Devant le château, dès 1936, la ville a prévu de créer un miroir d’eau et un jardin d’agrément pour faire face au château, une réalisation liée à la voie ferrée. En 1945-46, 1500 ouvriers terminent les aménagements des espaces centraux récupérés sur la Loire. Le miroir d’eau est abandonné.

L’Erdre du détournement au comblements

le conseil municipal approuve le projet de détournement de l’Erdre le 23 décembre 1927. il faut attendre le 27 mars 1934 pour que le canal soit mis en eau.

Le canal terminé, place au comblement de l’Erdre, du pont Morand au pont de l’écluse.

Une gare routière, un boulevard ou des parkings souterrains ?

En 1936, la ville hésite sur la destination des futurs terrains. C’est le projet de boulevard qui est retenu.

Les premiers remblais sont déversés en mars 1938. il en faudra 200 000 m3.

Quand les allemands occupent Nantes le 19 juin 1940, les anciens ponts de l’Erdre n’enjambent plus qu’une rivière de sable. Les ouvrages d’art sont détruits quelques mois plus tard.

Le 10 mars 1943, la décision est ainsi prise de prolonger le boulevard de l’Erdre à travers l’Ile Feydeau, par l’actuel cours Olivier de Clisson.

Les travaux sont suspendus après les bombardements de septembre 1943. ils reprennent en 1944 et se termine en 1946.

Le comblement du bras de l’hôpital, aubaine pour le train

En 1925, la ville est pratiquement coupée en deux dans le sens est-ouest par la voie ferrée. Cette omniprésence du chemin de fer, due à la volonté de l’état de desservir prioritairement les quais et les entrepôts est source de nombreux accidents. On comprend que les responsables de la Cie Paris-Orléans saisissent l’occasion des comblements des bras de Loire pour faire avancer le vieux dossier du contournement de la ville par le nord, déjà demandé en 1850 par la Cie de Tours à Nantes.

La construction d’un souterrain à Chantenay est lancée. La SNCF a pour souci premier de supprimer les passages à niveau dans la ville. En 1940, le tronçon gare-château a déjà disparu. En 1942, le tunnel est terminé. La voie ferrée s’étire désormais sur l’ancien bras de l’hôpital, au pied des immeubles de l’ile Feydeau.

Inauguré le 17 décembre 1955

Les travaux reprennent à l’automne 1944. l’argent manque et le chantier ne progresse guère. Du moins jusqu’en 1950, quand un nouveau plan de financement est établi. Entre 1953-55, la tranchée de l’hôpital et la galerie de la Bourse sont creusée. La nouvelle voie est inaugurée le 17 décembre 1955.

Le nouveau tracé entre la gare d’Orléans et celle de Chantenay est long de 4 Km. Il se compose de deux tranchées: l’une de 532 m, du pont de la rotonde au cours olivier de Clisson, l’autre de 197 m, la tranchée Babonneau: de deux galeries couvertes: la première de 732 m (cours de l’ile gloriette), la seconde de 433 m (sous la rue de la Brasserie, la place René-Bouhier et la rue de la Constantine); enfin, de deux souterrains de 510 m (Héronnière, et 1191 m (Chantenay).

.

Publicités

%d blogueurs aiment cette page :