Déroulement des travaux

LES RÉCENTES TRANSFORMATIONS DU CADRE DE VIE

(Extraits: Nantes: les îles, le fleuve, le port)

Il a fallu une trentaine d’années (1926: début des travaux de com­blement du bras de la Bourse; 17 décembre 1955 : inauguration de la traversée souterraine de la ville par la voie ferrée) pour bouleverser la topographie insu­laire de Nantes et transformer radicalement les conditions de circulation et d’échanges. Mais ce n’est qu’à partir des années 1966-67 – les travaux de remblai et d’infrastructure de l’île Beaulieu terminés – qu’apparurent toutes les possi­bilités d’un site recréé par l’homme.

LES GRANDS TRAVAUX DE COMBLEMENT

A – MISE EN PLACE D’UN PROGRAMME

1- Afin de remédier aux graves inconvénients qui résultent de l’abais­sement de l’étiage, le service des Ponts et Chaussées présente le 29/12/1925 un avant-projet d’ensemble des travaux à effectuer dans le port de Nantes :

. Comblement des bras de la Bourse et de l’Hôpital à l’exception de la par­tie comprise entre le pont de la Rotonde et le confluent amont des bras de St Félix et de la Madeleine.

. Comblement de l’Erdre de la Préfecture au bras de la Bourse et son détour­nement en souterrain sous les cours.

. Construction de deux écluses au droit de l’île de Versailles et au point de jonction des bras de St Félix et de la Madeleine.

. Rescindement de l’île Gloriette

. Remaniement des réseaux d’égouts et des conduites d’eau dans les bras comblés.

2- Le coût de l’opération (51 millions) est jugé trop élevé et, par décision du 13 mars 1926, le ministre des Travaux Publics ne prend en considér­ation que le comblement partiel du bras Nord

3- A la demande de la municipalité on poursuit les études sur le détournement de l’Erdre. Le projet définitif est approuvé le 23/12/1927

4- Ces différents projets laissent de côté le problème de la traver­sée de Nantes par la voie ferrée. Mais le comblement des bras Nord permet d’entre­ voir une suppression possible des passages à niveau par une déviation en tranchée ou en galerie dans les remblais. Les travaux déclarés d’utilité publique par la loi du 30/6/1934 démarrent à la fin de l’année 1935 et s’achèvent en 1955.

B – DIFFICULTÉS DE TOUS ORDRES

1- Finances et économie. Sans doute l’application du plan Dawes favorise-t-elle les travaux de détournement de l’Erdre mais le comblement des bras Nord a débuté au milieu des difficultés financières – stabilisation du franc:1928 ­et s’est poursuivi en pleine crise économique mondiale. Les réquisitions de main d’œuvre à partir de 1942 ou le recours aux chômeurs avant ou au lendemain de la seconde guerre mondiale ont paralysé ou stimulé les travaux.

2. Plan et technique

. Trois maîtres d’ouvrage = l’Etat (Ponts et Chaussées) ; la ville de Nantes; la compagnie du P.O. Les difficultés naissent des rapports municipalité-état, de la répartition des charges financières entre les différentes collectivités (Etat – Ville – Département – Chambre de commerce – Chemins de Fer).

. Absence d’une planification d’ensemble (Juxtaposition de réalisations par­tielles, coordination délicate) Exemples:

– Après le comblement du bras de la Bourse, et par suite du maintien de la voie ferrée sur les quais, la ville, en 1928, ne peut envisager que des amé­nagements provisoires.

– Les travaux de détournement de l’Erdre – qui commencent quatre ans après les premiers comblements – condamnent pratiquement le bassin à flot, initia­lement prévu en amont de l’île Feydeau.

– Un creusement plus rapide de la tranchée de l’Hôpital et de la Galerie de la Bourse aurait sans doute épargné, après la dépose en 1941 de la voie de la rive droite, la construction d’une dérivation provisoire, etc….

Des impondérables

On travaille généralement en période de basses eaux, de mai à Octobre… mais,dès 1926, les premières opérations sont retardées par une crue du fleuve.

Il est nécessaire de coordonner creusement et comblement… or les, produits de dragages s’avèrent parfois inutilisables.

D’importants travaux préparatoires sont nécessaires pour main­tenir le trafic fluvial (Loire, Canal de Nantes à Brest). Il faut assurer la naviga­tion dans le bras de l’Hôpital avant de combler le bras de la Bourse; le libre passage dans le bras de la Madeleine avant de remblayer le bras de l’Hôpital.

3. Oppositions.

– Hostilité des mariniers au comblement du bras de la Bourse

– Doléances de l’administration municipale.

– L’annonce des travaux de détournement de l’Erdre provoque:

. la publication de nouveaux plans (On conserve le bras de l’Hô­pital; l’Erdre s’y jette, après avoir traversé l’île Feydeau par canal souterrain)

. les attaques virulentes d’une partie de la presse locale ou de certaines personnalités.

Ce qui est certain, c’est que les habitants du centre de Nantes vécurent pendant une quinzaine d’années dans un immense chantier de construction et dans des conditions d’hygiène parfois déplorables.

C – DÉROULEMENT DES TRAVAUX

. Les travaux de comblement sont du ressort des Ponts et Chaussées. L’aménagement incombe aux services municipaux (en principe après remise officielle des terrains de la Ville).

. Absence de progression régulière des travaux dans le temps et dans l’espace: souvent on édifie des remblais en amont et en aval des ponts pour les consolider; les décombres sont déversés le long des cales; des chantiers sont ouverts dans les bras comblés (creusement de la tranchée de l’Hôpital, de la galerie de la Bourse). Au total, un paysage aux aspects insolites: des monticules de sable – on parle souvent de dunes dans la presse locale! ; une eau plus ou moins stagnante et, au milieu de terrains récemment nivelés, les tablier et parapet d’un ancien pont.

. La remise à la ville des bras comblés entre le pont de la Rotonde et les rues Deurbroucq et les rues Neuve des Capucins s’est faite par étapes successives de 1928 à 1940 ; plus tardive fut la réception officielle des parties remblayées du canal St Félix ou de celles comprises entre les quais de la Fosse et de l’île Gloriette. Il apparaît possible de reconstituer à grands traits les phases essen­tielles des travaux de comblement et d’aménagement des bras nord de la Loire

l – LE SECTEUR AVAL

a) COMBLEMENT DU BRAS DE LA BOURSE 1926-1927

. Au préalable, ouverture d’un chenal dans le bras de l’Hôpital avec aménagement de passes sous les ponts Maudit et de la Belle-Croix pour assurer la navigation vers l’Erdre canalisée:

. Les travaux commencent en 1926 par l’établissement d’un barrage en palplanches métalliques reliant la pointe de la Petite Hollande à la cale de la Bourse et d’un perré provisoire en aval du pont de l’Erdre.

. Remise officielle à la ville des terrains remblayés et des chaus­sées adjacentes, soit 2 hectares 50 ares, le 5 mai 1928.

. Aménagements prévus dès 1928 : construction d’égouts, élargissement de la chaussée du pont de la Bourse et création sur les parties comblées d’un jardin à la française… Le pont de la Bourse ne sera démoli qu’en 1938.

b) RESCINDEMENT DE L’ILE GLORIETTE 1928

Par décret du 5 mai 1927 le rescindement de l’extrémité aval de l’ile Gloriette est déclaré d’utilité publique.

L’opération se déroule en 3 temps

. Démolition des murs du quai de l’Île Gloriette (terminée le 1. 5.28)

. Démolition de la basse cale du quai de l’île Gloriette et des murs du quai de Tourville (Mai à Août 28)

. Dragage des terrains.

Réception provisoire, des travaux le 31/12/1928; réception définitive le 4/7/1929.

c) COMBLEMENT DU BRAS DE L’HOPITAL: 1929-1936 -1940

La longue durée des travaux et leur démarrage tardif s’expliquent:

– par la nécessité,de subordonner le comblement à l’établissement d’un chenal de navigation dans le bras de la Madeleine: il a fallu déraser le radier du vieux pont démoli en 1927 ; ce n’est que le 15 août 1929 que la navigation fut interdite dans le bras de l’hôpital.

– par la nécessité de coordonner comblement et assainissement. Ainsi, afin d’éviter les déversements dans de l’eau stagnante, on a attendu, pour combler entre le pont Maudit et l’école de Médecine, que la ville ait terminé les égouts du quai de l’hôpital.

– par la nécessité de coordonner, à partir de 1930, le comblement du bras de l’Hôpital et le détournement de l’Erdre; le comblement a pratiquement été interrom­pu pendant 2 ans

Succession des travaux

Travaux préparatoires

– Entre le quai Baco et la Poissonnerie, construction d’un massif en enroche­ments destiné à la fondation du mur inférieur (avec les produits de dragage de la digue fermant à l’amont le bras de la Madeleine, les déblais provenant du rescindement de l’île Gloriette et de la démolition du pont de la Madeleine).

– Un barrage en enrochements est élevé à la hauteur du pont Maudit pour préserver le pont de la Belle-Croix de l’action des crues.

Autour du pont Maudit 1929 – 1931

Entre le Pont Maudit et l’aval du Pont de la Belle Croix: 225 mètres à remblayer-sur 70 de-largeur moyenne et 7 mètres de hauteur, en partie par des dépôts provenant de la préparation de la souille du canal éclusé. Le remblai au refouleur commence en Avril 1930.

Entre la petite Hollande et le quai de l’ile Gloriette. De septembre 1929 à mai 1930 de nombreuses sociétés de Travaux Publics déposent leurs déblais en aval du Pont Maudit, puis du terre-plein de la Petite Hollande. Le pont Maudit est démoli en octobre 1930 ; le comblement est achevé le 13.12.1930.

Deux Juin 1931 : Procès-verbal de remise à la ville de 3 ha 50 ares de ter­rains comblés.

De part et d’autre de la partie centrale 1930-36-40

En aval. Les tranchées pour construction d’égouts dans le lit du fleuve ont été creusées pendant les années 1930-31.

1931: Premiers remblais entre le quai de la Fosse et la Petite Hollande

1932 : Démolition du marché de la Petite Hollande – Remblai et nivellement du terre-plein.

Le comblement de la partie aval est à peu près achevé en 1934 bien qu’une « crique nauséabonde, sale, malodorante… demeure entre l’île Gloriette et la promenade de la Bourse » (Le Phare du 1/8/1935) Le nivellement est terminé en Juin 1936: remise officielle des terrains à la ville et … courses de taureaux sur l’esplanade de la Petite Hollande.

En amont. Dès 1930 la partie Est du bras de l’Hôpital est ré­servée à l’évacuation des déblais meubles de la partie amont du souterrain de l’Erdre et du quai Ceineray.

Une parallèle aux chaussées de la Madeleine et du Bon Secours passant par la pointe orientale de la poissonnerie délimite vers l’aval des terrains qui, bien que remblayés en 1936 (on ne voit plus, à cette date, que le parapet du Pont de la Belle-Croix) ne seront juridiquement incorporés au domaine public communal qu’en 1940.

L’extrémité aval du Bras de l’Hôpital. A l’est du mur de res­cindement, 24 500 m2 de terrains remblayés n’ont été remis officiellement à la ville qu’en 1957.

II – LE SECTEUR CENTRAL

(de la Rotonde à l’Erdre et à la poissonnerie)

Le détournement de l’Erdre entraîne l’abandon du projet de construction d’un bassin à flot et l’ensablement de la totalité des bras nord de la Loire.

– Le secteur central présente, en 1936-37 des aspects bien différents En amont du Pont de la Belle Croix, d’importants remblais bordent lé quai Baco :  » En plein centre de Nantes, à cent mètres du château, se dresse une dune sablon­neuse et fraîche où l’on vient faire la sieste… C’est Baco-plage » ( Le Phare

12/8/1937) ; une flèche de sable au-delà de laquelle la rivière reste prisonnière, ferme le confluent de l’Erdre; un mince ruban d’eau, témoin de l’ancien bras du fleuve, longe la voie ferrée.

Deux remblais sont à exécuter rapidement:

– la partie orientale du bras saint Félix (à moins d’engager des frais pour la consolidation du Pont de la Rotonde sur lequel la circulation est réglementée).

– la section comprise entre la pointe de la Poissonnerie et l’ancien confluent de l’Erdre, ce qui implique, à bref délai, le comblement de cette rivière dans sa traversée de la vieille ville.

Les réalisations:

– Compte tenu des nécessités de l’hygiène et des possibilités financières, comblement, en 1938, de l’Erdre et de la section comprise entre la rue de la Bléterie et les terrains déjà remblayés du bras de la Bourse, soit 43 200 m2 remis officiellement à la ville le 2.6.1939

– Remblai, au printemps 1938, du bras saint Félix aux abords du pont de la Rotonde.

– Déblaiement d’une importante masse de sable à l’emplacement projeté, face au château, du « miroir d’eau » ; comblement de ce qui reste, au Port Maillard du bras Nord de la Loire (1938).

– Mise en adjudication, en Septembre 1939, des travaux de démolition de l’an­cienne Poissonnerie.

– Le 13 janvier 1940 réception par la ville de 115 000 m2 de terrains remblayés.

III – LE SECTEUR AMONT

Une partie de l’ancien bras St Félix (3 hectares 50) a été trans­formée en un véritable bassin à flot, séparé de la Loire par un barrage éclusé: c’est l’actuel « canal »

L’autre, plus vaste (7 ha 50) comprend les terrains remblayés à l’Est et les terre-pleins bordant la Loire.

1933 – Remblais de sable du quai Malakoff,de décombres près du pont Résal.

1934 – Comblement de la partie nord entre l’entrée du tunnel et le pont de Tracktir (à demi-enseveli dès le mois d’octobre).

1940 – Remblayage des terrains qui recevront les nouvelles voies ferrées entre gare et canal; au delà, le pont de la Rotonde émerge à peine des remblais.

1941 – Comblement de la gare d’eau (700 mètres de long; 25 m de large).

Les travaux de détournement de l’Erdre ont entraîné en outre:

– le rejet en Loire de l’étier de Mauves alimentant la gare d’eau (1932)

– le détournement de la voie ferrée:

1933 : surélévation provisoire des rails au-dessus de l’entrée du Canal

1935-40 construction définitive du pont.

La remise à l’administration communale des terrains remblayés de Malakoff (13 800 m2) est subordonnée à la cession gratuite par la ville à l’état de 1 ha 50 à l’île Cheviré et de 335 m2 au quai St Louis… C’est le prix de l’incorporation au domaine public communal d’une parcelle du domaine public flu­vial – Procès-verbal de remise: Septembre 1943 ; règlement définitif 1949.

D – LES AMENAGEMENTS

Au cours des travaux de comblement, les devançant parfois, de nom­breux plans d’aménagement ont été élaborés par les services municipaux. Abstrac­tion faite de difficultés de tous ordres, leur mise en application dépend de la diligence des Ponts et Chaussées et, après 1941, de la collaboration avec la S.N.C.F.


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